Bertrand
Louis a fait ses études musicales aux conservatoires de Strasbourg
et de Paris. Ce Belforto-Parisien participe ensuite à de nombreux
groupes rock en tant que guitariste compositeur, avant d'entamer une carrière
solo en 2001.
Il sort son premier album "Bertrand Louis"
chez Polydor en 2001
A
une époque où l’on veut du festif, de l’apaisement,
de l’espoir en barres, on écoute le quatrième album
de Bertrand Louis et ses humeurs de fauve, et on comprend sa douleur.
Dès la première chanson, "Les yeux secs" (tu l’as
voulu, tu l’as ton mec/tu l’as voulu faudra faire avec), c’est
trop tard, on peut s’attendre au pire.
Dans cet opus inconfortable,
construit comme un thriller dont le sombre héros va inéluctablement
commettre l’irréparable, Bertrand Louis mêle en effet
pornstars, centres commerciaux, crs, tremblements de terre, crimes et
autres éléments tantôt dérangeants, indécents,
effroyables ou répugnants. Le tout avec une indéfectible
disctinction et un sens explosif du détournement.
Ce nouvel album fait l’effet d’un coup de poing. C’est
trouble, c’est noir, couleur "d’abîme" et
"d’ennui" : misère consommatrice des vies pauvres,
pauvre misérable ambition des faiseurs de succès, recherche
du mal comme rédemption, marginalité d’un tueur en
série qui prend seul avec lui-même son plaisir meurtrier
(Je ne jouis que si tu meurs)…
La majeur partie du disque a été enregistrée à
Bruxelles par Rudy Coclet (l’ingé son d’Arno). On y
entend les batteries lourdes d’Amaury Blanchard, les guitares tranchantes
de Geoffrey Burton (le guitariste d’Arno) et l’utilisation
originale des sons de piano préparé façon John Cage.
Dans cette mise en abîme, on oscille entre l’ironie mordante
("La putain publicitaire", "20h00", "On n'est
pas à l'abri d'un succès"…), le romantisme noir
("Fin septembre début octobre", "Le monde à
l'envers", "Les yeux secs"…) et le meurtre ("Scène
de crime", "Le centre commercial").
Les textes mélangent comme à l'habitude, citations littéraires,
slogans publicitaires ( “Je suis bellle ô mortels comme un
rêve publicitaire…je ne suis pas jolie, je suis pire”
) , mais avec cette fois un côté plus cru
et plus radical (dis-moi pourquoi tu pleures, pauvre petite fille riche,
attachée au radiateur... ) ou encore (Allez vas-y fais-moi mal,
que je te montre un peu, mon côté sentimental, tiré
par les cheveux...). On notera également la mise en musique d’un
poème de Houellebecq “Hypermarché novembre”
qui clôture l'album "Le centre commercial"
d’une manière admirablement glauque.