Eté
1952, la Famille Drummond, Jack (61 ans), Lady Ann (46 ans) et leur fille
Elizabeth (10ans), passe d’agréable vacances dans le midi
de la France.
Avant
la guerre Jack Drummond enseigne la biochimie à l’université
de Londres, puis pendant la guerre il travaille au ministère du
ravitaillement et a pour mission d’élaborer des rations alimentaires
pour les armées en campagne. C’est dans les derniers mois
de la guerre qu’il réalise sa plus grande invention : un
mélange liquide de protéine qui peut être injecté
dans les veines, cela permit de sauver la vie des milliers de déportés
qui souffre de malnutrition.
En 1942,
Jack Drummond édite "l’alimentation de l’Anglais"
qu’il coécrit avec sa femme Lady Ann.
Le 4
août 1952, ils passent l’après midi à Digne
où ils assistent à une charlottade, sorte de corrida au
cours de laquelle l’animal n’est pas blessé et à
la fête de la lavande.
S’attardant
un peu trop, les Drummond décident de faire du camping sauvage,
vers vingt heures ils s’arrêtent au bord de la RN 96, non
loin de la voie de chemin de fer et non loin d’une ferme "La
Grand’Terre".
Alors
qu’ils se ravitaillaient en eau, grâce à un cours d’eau
non loin de là, ils croisèrent un paysan aux cheveux blanc
qui passa sans un mot, Elizabeth alla caresser une des chèvres
qu’il promenait.
Les Drummond mangèrent des fruits avant de se coucher à
la belle étoile, tandis qu’Elizabeth se coucha dans la voiture.
Vers une heure du matin, des coups de feu retentirent dans la nuit paisible…
Le lendemain matin,
vers 5 heures, Jean-Marie Olivier qui rentrait de son travail en usine
chez lui à motocyclette vit sur le bord de la route une silhouette
familière lui faire signe de s’arrêter.
Il s’agissait de Gustave Dominici, l’un des paysans de la
ferme voisine.
Il demanda à Jean-Marie Olivier d’aller prévenir les
gendarmes parce qu’il aurait entendu des coups de feu et découvert
un cadavre.
A leur arrivée
sur les lieux les deux gendarmes de Forcalquier découvrent étendu
près de la voiture le corps de Lady
Drummond à demi recouvert par une couverture. Elle
a reçu trois balles dans la région du cœur, il semblerait
qu’elle ait été tuée dans son sommeil.
De l’autre côté de la route, son mari Jack
Drummond, touché par deux balles dans la poitrine
et recouvert par un lit de camp. Une blessure à la main indiquerait
qu’il ai tenté de lutter.
De l’autre côté de la voie ferré, c’est
le corps d’Elizabeth Drummond
qui est retrouvé. Elle a eu le crane fracassé
par deux coups donné à l’aide d’un objet contondant.
C’est le docteur
Dragon qui examinera en premier les corps.
L’examen qu’il fit du cadavre d’Elizabeth allait révéler
un scénario pour le moins étrange.
A son arrivée le docteur Dragon avait pu constater la rigidité
cadavérique des époux Drummond, alors que le corps de la
fillette était souple, ce qui laissait supposer qu’Elizabeth
était morte plusieurs heures après ses parents.
L’hypothèse de fuite de la fillette était là
encore mise en doute, puisque ses pieds nus ne révélaient
aucune coupure, écorchure ou trace de saleté.
Le brigadier Louis
Romanet lança l’enquête policière. Le commissariat
le plus proche se trouve à Nice mais celui-ci manque d’effectif.
Il fit donc appel à la police judiciaire de Marseille. Le commissaire
Edmond Sébeille arriva sur les lieux de longues heures après.
La nouvelle de la tragédie avait déjà était
répandue et curieux et journalistes étaient déjà
sur les lieux et ont eut tout loisir de polluer la scène de crime.
Les empreintes de
pieds autour des corps furent ainsi effacées et les objets présents
sur place manipulés sans précautions.
Ce retard dans la procédure fit perdre des indices à la
police, mais permit aussi au tueur de se trouver un alibi et de façonner
une version des faits.
Une fouille des lieux
permis de retrouver néanmoins deux balles non percutées,
ce qui permit d’identifier l’arme : une carabine automatique,
et ce qui indiquait aussi que le tueur connaissait mal cette arme puisque
avait réarmé après chaque coup tiré, éjectant
ainsi sans nécessité des balles.
La carabine fut retrouvée
dans le cours d’eau, la Durance, un peu plus loin. La crosse flottait
à la surface, et le canon était immergé à
quelques mètres de là. Le scénario se précisait.
Après avoir abattu le couple Drummond, le meurtrier aurait frappé
Elizabeth avec la crosse de son arme avec une telle violence que son arme
se serait brisé et s’il s’en serait débarrassé
dans la rivière toute proche.
L’arme, une
carabine de marque Rock-Ola, arme utilisée par les soldats américain
pendant la guerre, était en piteux état, elle était
rafistolée avec du fil de fer et une bague d’aluminium.
Tout portait à croire que l’affaire serait résolue
rapidement…
Très vite
la famille Dominici fut suspectée d’avoir un lien avec ce
triple meurtre. Leur témoignage avait une grande importance puisqu’ils
habitaient à quelques centaine de mètres du drame.
Gaston Dominici et
son fils Gustave était d’ailleurs resté sur les lieux
au début de l’enquête et paraissaient éprouver
une fascination morbide pour l’affaire. Gaston avait recommandé
aux policiers de recouvrir le corps de la fillette en leur expliquant
que les fourmis rouges commençaient à monter sur son visage.
Les propos de la
famille Dominici se recoupaient. Un glissement de terrain avait eut lieu
dans la journée, suite à un arrosage trop intensif des cultures,
provoquant une coulée de terre sur la voie ferrée. Gustave
Dominici s’était rendu sur place pour constater les dégâts,
et c’est à ce moment là sur le chemin du retour qu’il
aurait croisé les Drummond en train de s’installer pour la
nuit.
Gustave
ajouta qu’il avait été interloqué par le manque
de pudeur de ces gens qui ne paraissaient pas gênés de se
déshabiller en public.
Les Dominici affirmèrent s'être couchés et avoir été
réveillé vers vingt trois heures par le bruit d’une
moto qui s’était arrêtée devant leur ferme.
L’homme en side-car aurait crié dans une langue étrangère
et devant l’absence de réponse des Dominici, serait repartit.
Cette piste d’une tierce personne présente sur les lieux
ne fut jamais exploitée.
Deux heures plus
tard, des coups de feu retentirent. Les Dominici n’entendirent aucun
cri. Les chiens de la Grand’Terre s’étaient mis à
aboyer mais personne ne sortit pour aller voir ce qu’il se passait.
Gustave Dominici se leva à 5 heures et demie comme à son
habitude et descendit à la rivière pour examiner de nouveau
l’éboulement, c’est là qu’il découvrit
le corps de la fillette et remonta vers la route pour donner l’alerte.
Gaston Dominici,
quant à lui, partit à 5 heures du matin dans la direction
opposé pour promener les chèvres, il fut de retour vers
8 heures, heure à laquelle il fut informé du drame.
Les témoignages
étaient plutôt concordant mais des détails laissa
perplexe la police.
Gustave Dominici affirma avoir eut trop peur pour regarder à la
fenêtre lorsque les coups de feu ont retentit. Le braconnage et
les coups de feu étaient pourtant fréquents dans la région.
Et malgré cette peur, il n’était curieusement pas
allé du côté des campeurs le lendemain matin pour
s’assurer que tout allait bien.
Ce qui étonna aussi la police, c’est que le corps d’Elizabeth
ne se trouvait pas sur le chemin direct entre la Grand’Terre et
l’éboulement. Il avait du faire un détour pour le
découvrir.
Etonnant aussi qu’à la découverte du corps de la fillette,
Gustave ne se soit pas dirigé en première lieu vers les
parents pour les avertir du drame…
Autant d’interrogations qui laissèrent la police perplexe.
L’enquête
était entravée par le silence du clan Dominici, et de nombreuses
pistes ne furent même pas explorées. La Police ignorait qui
se trouvait précisément à la Grand’Terre le
soir du meurtre.
Un autre
indice troublant : un pantalon fraîchement lavé et retrouvé
dans la cour de la Grand’Terre l’après midi du 5 août
alors que la lessive était habituellement faite dans une ferme
voisine.
Gustave et Gaston nièrent que ce vêtement soit le leur, le
pantalon ne fut pas mis sous scellé comme pièce importante
du dossier, aucune analyse ne fut ordonnée.
De nombreux témoignages
arrivèrent à la police.
Lucien Duc témoigna qu’en passant vers minuit vingt sur cette
route, il avait aperçu un homme grand et robuste qui rôdait
prés de la voiture des Drummond, un description qui ne collait
pas avec les Dominici. Monsieur Conil et son passager ajouta qu’à
1h45 du matin, eux aussi aperçurent une silhouette à l’emplacement
de la voiture.
Aux alentours de 3 heures, un camionneur qui passait également
sur cette route remarqua un lit de camp sur le bord de la route et une
couverture fixée à la fenêtre de la voiture.
Devant le silence de la population locale, la police offrit des récompenses
à quiconque pourrait fournir un élément clés
pour l’enquête.
Deux
journaux, le Sunday Dispatch et le Samedi-Soir se joignirent à
cette initiative en offrant à eux deux un million de francs de
récompense.
Mais
quelques jours après le meurtre les journaux locaux "La marseillaise"
et "L’Humanité" accusèrent le commissaire
Sébeille de mener campagne contre les Dominici à cause appartenance
politique au communisme. La police soupçonna vite Paul Maillet,
secrétaire de la cellule communiste de Lurs et ami intime des Dominici
d’être à l’origine de ces attaques par journaux
interposés.
En fouillant
un peu sur la vie de Paul Maillet, ils apprirent qu’il possédait
une carabine semblable à celle du meurtre et que sa ferme se trouvait
à seulement un kilomètre et demi du lieu du crime.
Le commissaire Sébeille ordonna une fouille de la ferme de Paul
Maillet. Aucun indice ne fut trouvé, mais le commissaire profita
de la présence d’armes détenues illégalement
pour faire pression et obtenir son témoignage.
Paul
Maillet apporta une précision essentielle dans l’enquête,
Elizabeth Drummond était encore en vie lorsque Gustave Dominici
l’avait découverte. En effet pour les policiers, si Gustave
avait entendu des petits gémissements, son détour pour découvrir
la fillette aurait été plus plausible. Les conclusions des
médecins différaient mais tous était d’accord
pour dire que la fillette n’aurait pas survécu plus d’une
heure à ses blessures.
Deux
hypothèses s’envisageait alors : soit Gustave Dominici avait
trouvé la fillette beaucoup plus tôt qu’il ne l’avait
avoué, soit la fillette avait été laissée
pour morte au premier coup à la tête et à pris un
second coup bien plus tard.
Gustave Dominici fut de nouveau entendu, il nia avoir trouvé la
fillette vivante mais au bout de longues heures d’interrogatoire
il finit par avouer que Paul Maillet disait la vérité, il
insista sur le fait qu’il l’avait trouvé la fillette
juste avant cinq heures et demie du matin.
Le lendemain, Gustave Dominici fut inculpé de non assistance à
personne en danger.
Si l’on considérait que le tueur est revenu sur les lieux
pour achever la fillette, la thèse d’un voleur ou d’une
personne extérieure de passage ne tenait plus. Il devait s’agir
d’un local qui habitait non loin.
La suite
des interrogatoires confirmèrent que la femme et la mère
de Gustave Dominici était au courant que la fillette était
encore en vie lorsqu’il l’a trouvé. Mais alors pour
quelles raisons avaient-ils laissé une petite fille mourir sans
faire appel à des secours ?
Le 13
novembre 1952 le procès pour non assistance à personne en
danger de Gustave Dominici s’ouvrit au tribunal de Digne. A l’idée
que Gustave Dominici ai pu laisser la fillette agoniser donna un sentiment
de dégoût et d’horreur au public et au jury.
Maître Pollak, avocat de Gustave Dominici qui avait indiqué
qu’il pensait qu’il n’y avait plus rien à faire
pour cette jeune fille, insista sur l’échec de la police
pour trouver l’assassin et leur volonté de trouver un bouc
émissaire.
Le verdict tomba : Gustave Dominici fut reconnu coupable et condamné
à deux mois de prison. Gustave Dominici avait déjà
purgé la moitié de sa peine en détention préventive.
La famille Dominici décida néanmoins de faire appel de cette
décision.
Un nouveau procès s’ouvrit le 15 décembre 1952 à
Aix en Provence. Gustave Dominici avait déjà purgé
sa peine et le jugement initial fut maintenu.
Pour
la police l’affaire n’était pas achevée, le
commissaire Edmond Sébeille savait que la famille Dominici cachait
un secret… mais il lui faudra du temps pour découvrir une
nouvelle piste.
Quelques mois plus tard, des tensions se faisaient sentir. Paul Maillet
fut exclu de la section locale du parti communiste et Roger Perrin, le
neveu de Gustave Dominici fit une révélation, il affirmait
que Lady Drummond ne parlais pas français et que la fillette avait
du faire office d’interprète. Ce qui était exacte,
mais ce qui réfuta les versions selon lesquelles aucun membre de
la famille Dominici n’avait adressé la parole aux Drummond.
Autre fait inexpliqué, si Elizabeth avait tenté de fuir
son agresseur pourquoi ne s’était elle pas dirigé
en direction de la ferme pour trouver secours ?
En relisant
les dépositions, Sébeille convoqua de nouveau Jean Ricard,
un représentant de commerce marseillais qui était passé
à pieds au matin du 5 août vers sept heures. Il avait aperçu
une femme allongé au sol, à demi cachée par une couverture
et un lit de camp tout proche, mais cela ne l’avait pas spécialement
alerté sur le moment, il avait poursuivit son chemin sans prêter
plus d’attention que cela a cette femme.
Le commissaire
lui montra des photos de la scène de crime, et l’homme vit
immédiatement que quelque chose n’allait pas, le corps de
madame Drummond qui était parallèle à la voiture
avait été déplacé pour se retrouver perpendiculairement.
Un autre témoin confirma la version de Jean Ricard. Pourquoi avoir
pris le risque de déplacer le corps en plein jour alors que la
police était sensé arriver ?
Les
soupçons se portèrent de nouveau sur Gaston Dominici, peut
être était-il à la rechercher des douilles.
Presqu’un an après, le 12 novembre 1953, les hommes de Sébeille
firent une reconstitution.
Clovis
Dominici revint sur sa première déclaration, en déclarant
que le corps pouvait en effet avoir été parallèle
à la voiture lorsqu’il l’avait vu pour la première
fois.
Gustave
Dominici fut soumis à un interrogatoire qui dura trente heures.
Il fit un récit différent de la nuit du meurtre. Il avoua
avoir entendu des cris au moment des coups de feu, il admit s’être
levé plus tôt qu’à l’habitude, vers quatre
heures, afin de se rendre compte de se qu’il s’était
passé. Il avoua aussi que les deux anglaises étaient bien
passées à la ferme.
Il avoua aussi avoir déplacé le corps mais simplement pour
s’assurer qu’elle était bien morte.
Gustave craqua sous la pression et éclata en sanglots. Il dit aux
policiers qu’après avoir entendu les cris, il ne pouvait
pas dormir et que quand il est descendu au rez-de-chaussée vers
quatre heures, son père Gaston lui avoua avoir été
provoqué par l’Anglais et les avoir tués.
Il se confessa également à Clovis lequel fut convoqué
au palais de justice pour confirmer ce récit.
Gaston
Dominici fut conduit à Digne pour être de nouveau entendu.
Il nia catégoriquement les faits. La journée, la nuit passèrent
mais toujours rien. Il rugissait que ses fils étaient des poltrons.
Le jeune
gardien de la paix qui le surveillait parlait le même dialecte que
Gaston, ils se mirent à bavarder de tout et de rien, de la famille,
des enfants, et Gaston éclata en sanglots en évoquant le
sort de la petite Elizabeth.
Sentant un moment de faiblesse, le commissaire de police de Digne, monsieur
Prudhomme, fut appelé pour écouter le récit de Gaston
Dominici. Quand le commissaire Sébeille arriva à son tour
sur place, Gaston Dominici lui lança "Tu as gagné petit.
Je vais te faire plaisir, c’est moi qui ai tué les Anglais".
Gaston
Dominici repris l’histoire : il était allé inspecter
le glissement de terrain suite aux arrosages intensifs, il avait emporté
sa carabine au cas où il verrait un blaireau. En passant près
du campement il s’était arrêté pour regarder
la femme se déshabiller. Il s’était approché
et alors qu’il allait la toucher, le mari s’énerva
contre lui. Les deux hommes s’étaient alors empoignés,
un coup de feu était parti touchant le mari à la main. Alors
qu’il essayait de fuir, il tire a deux reprises avant de se tourner
vers la femme et de tirer. Il affirme avoir tiré sur la fillette
également mais l’ayant loupé il l’a poursuivie
jusqu’à la rivière où il lui a donné
de violent coups avec sa crosse qui, sous le choc, se brisa. Après
avoir achevé l’enfant il s’était lavé
les mains pour enlever le sang, jeta l’arme dans la rivière
et rentra se coucher.
Ses aveux étaient inespérés après tant d’investigations
vaines, mais le récit laissait toujours le commissaire Sébeille
incrédule sur certains points.
Les détails du récit de sa rencontre avec les touristes
paraissaient peu probables vu que Lady Drummond ne parlait pas français.
Le nombre de coups de feu, l’heure du crime ne collait pas non plus.
Et puis pourquoi aurait-il pris une arme qu’il ne maitrisait pas
pour tuer des hypothétiques blaireaux ? Pour Sébeille le
meurtre a été prémédité, une dispute
avait bien dû se dérouler, mais le meurtre n’était
intervenu que bien plus tard.
Le juge d’instruction,
Roger Périès qui partageait les doutes du commissaire, ordonna
une nouvelle reconstitution. Lors de celle-ci, les policiers rejouèrent
la fuite de la fillette quand Gaston Dominici se mit à courir également.
Les policiers réalisèrent soudain qu’il n’était
pas en train de rejouait la scène mais de se diriger vers le parapet
pour se jeter en contrebas de la voie ferrée.
Pour le juge, cette tentative de suicide était le signe d’une
culpabilité, et il l’inculpa pour le triple meurtre des Drummond.
De plus Gaston Dominici
avait fait son service militaire en 1898, les armes automatiques n’existaient
pas… ce qui pourrait expliquer qu'il ait rechargé l'arme
après chaque coup.
Quelques jours plus
tard, Gustave Dominici retira les accusations portées contre son
père invoquant la brutalité des policiers pour obtenir des
aveux, Gaston Dominici retira ses aveux à son tour.
Seul Clovis Dominici avait la même déclaration d’une
fois à l’autre. Les déclarations de Gustave et de
Gaston ne cessaient de changer.
La date du procès était fixée au 17 novembre 1954
et la police n’avait plus aucun aveu du principal accusé
et surtout aucune preuve formelle, uniquement des doutes et beaucoup de
questions en suspens.
Le procès
s’ouvrit sous la présidence de Marcel Bousquet, Conseiller
à la cour d’appel d’Aix-en-Provence. Gaston Dominici
s’en tient à ses déclarations initiales. A savoir
qu’il a bien entendu les coups de feu mais qu’il a pensé
qu’il s’agissait de braconniers. Qu’il s’était
levé comme à son habitude pour emmener les chèvres
au pâturage, et n’avait appris le drame qu’à
son retour. Qu’il a subits ensuite des pressions policière
pour avouer une autre version de l’histoire.
Les
médecins légistes apportent ensuite plusieurs thèses
concernant le déroulement des faits.
Le Docteur Dragon insista sur le fait que c’était le second
coup à la tête qui avait été fatal à
la fillette, et que la thèse de sa fuite ne tenais pas la route
étant donné qu’elle ne présentait aucune trace
sur ses pieds nus. Il situait la mort de la fillette, deux à trois
heures après celle des parents.
La question que l’assistance se posait c’était de savoir
si Gustave Dominici, ayant appris de son père ce qui s’était
passé, aurait-il pu achever Elizabeth en la trouvant à demi
consciente pour couvrir les crimes de son père ? Ce qui corroborerait
la version de Paul Maillet, selon laquelle Gustave aurait trouvé
la petite encore vivante.
Le docteur
Jouve, chirurgien de Digne, qui n’a pas examiner les corps mais
qui a vu des patients atteints de blessures comparables survivre plusieurs
heures indique qu’il n’est pas impossible que les deux coups
à la tête ait été fait au même moment
et que la fillette ai agonisé pendant plusieurs heures avant de
mourir. Le docteur Nalin déclara son tour que la rigidité
cadavérique intervenait plus lentement chez l’enfant, et
qu’il était tout à fait possible que les parents et
la fillette aient été tué à la même
heure.
Les
époux Marrian, couple qui avait accueilli la famille Drummond lors
de leur séjours en France, évoquèrent un épisode
qui se déroula le jour des obsèques de leurs amis.
Monsieur
Dominici leur avait montré les endroits où Elizabeth et
ses parents étaient morts puis leur avait tendu le bras comme pour
attendre un pourboire. Ces déclarations choquèrent l’assistance.
Gaston Dominici bondit et brandit le poing et les traita de menteurs.
Ce qui tendait à prouver au jury qu’il avait un caractère
violent et qu’il pouvait passer d’un état à
un autre en quelques secondes.
Les
gendarmes ainsi que divers témoins présents dans les environs
de la scène du crime le 5 août 1952 furent entendus. Cela
mis en exergue les mensonges accumulés par Gustave Dominici pendant
son propre procès.
Le 20 novembre, Roger Perrin, petit fils de Gaston Dominici fut appelé
à la barre. Son récit de la visite des Drummond à
la Grand’Terre était essentiel, mais à force de mensonges
il parvint à égarer tout le monde, tant et si bien que d’autres
questions surgirent. A savoir si lui-même avait passé la
nuit à la ferme et s’il pouvait donc avoir commis ce meurtre?
Gaston
Dominici laissa entendre que Roger Perrin pouvait bien être le meurtrier
et que Gustave et Clovis n’avaient accusé leur père
que pour couvrir leur neveu. Les querelles familiales et règlement
de compte ne facilitait pas la compréhension de cette affaire.
Gaston Dominici déclara que Clovis avait conspiré avec Gustave
contre lui. Deux autres enfants de Gaston, déclarèrent que
Clovis avait accusé son père suite à de vieille rancœur
mais qu’en réalité il soupçonnait Paul Maillet.
Les accusations réciproques et les insultes fusaient, l’impression
générale qui en ressortait c’était que dans
la famille Dominici on mentait sans cesse et sans vergogne. Il était
difficile de tirer le vrai du faux.
Le 28
novembre 1954, pendant deux heures le jury se retira pour délibérer.
Gaston Dominici fut reconnu coupable du triple meurtre et condamné
à mort.
Malgré le soulagement de la famille de la victime et des policiers
après ces longs mois d'investigation, trop de zones d’ombre
demeuraient dans ce dossier et laissaient un sentiment d’inachevé.
Les
journaux pensaient que Gaston Dominici n’était pas l’unique
responsable de cette atroce tuerie.
Les défenseurs de Gaston Dominici demandèrent une révision
du procès. Gaston donna une version de l’histoire toute autre,
il aurait entendu les coups de feu depuis son lit, serait descendu et
aurait vu Gustave dominici et son neveu Roger Perrin traverser le champ
de Luzerne en provenance de l’endroit où les touristes anglais
s’était installés.
Le 8 août il affirme avoir entendu une conversation entre Yvette
et Gustave, lesquelles disaient que Roger avait porté la fillette
à l’endroit où on l’avait retrouvée.
Charles
Chenevier, policier parisien fut chargé d’enquêter
mais on portait désormais peu de crédit aux récits
faits par les membres de la famille Dominici après tant de versions
différentes. En novembre 1956 il referma le dossier.
En 1957, la sentence capitale fut prononcée à son encontre
commuée en peine de prison à perpétuité. Il
purgea sa peine à la prison des Baumettes à Marseille.
Le 15 juillet 1960 Gaston Dominici bénéficia d’une
grâce présidentielle du Général de Gaulle et
fut libéré.
Il alla vivre avec ses filles Augusta et Clotilde avant d’entrer
à l’hospice de Digne en 1962 date à laquelle il confie
à la femme de Gustave la vente de la Grand'Terre.
Gaston Dominici est mort le 4 avril 1964.
Clovis Dominici meurt d’un cancer en 1959.
Yvette et Gustave Dominici divorcent en 1967.
La Grand’Terre
fut vendu pour 40.000 francs et transformée en auberge restaurant
rebaptisée "La Montagnière" avant de finir à
l'abandon.
Le journal
britannique Sunday Express a publié un article dans lequel il révéle
que Scotland Yard avait dans ses archives l’agenda de Monsieur Drummond
en partie brûlé sur lequel était indiqué un
rendez-vous à Lurs à 18 heures. Il faisait également
état de la disparition de l’appareil photo de marque Retina
de la famille Drummond.
La revue Historia (numéro 51 page 100) mentionne une arrestation
le 9 août 1952 par la police allemande d’un certain Wilhelm
Bartowski.
Il aurait avoué le meurtre des Drummond avec trois complices :
Moradis, Solet et Moesto. Il dénonçait un complot contre
l’agent britannique mais la thèse de tueurs à gages
étant donné l’arme retrouvée sur place n’est
pas très crédible…
Alain
Dominici, le petit fils de Gaston réclame la révision du
procès mais pour l’instant la justice la lui refuse.
L’affaire Dominici n’a toujours pas été élucidée.
De nombreuses questions subsistent et si Gaston Dominici a été
reconnu coupable, aucune preuve formelle n’a prouvée sa culpabilité.